Robert Burns. Vol. 1, La Vie

Robert Burns. Vol. 1, La Vie

Author:
Auguste Angellier
Author:
Auguste Angellier
Format:
epub
language:
French

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Author: Angellier, Auguste, 1847-1911
Burns
Robert
1759-1796
Robert Burns. Vol. 1, La Vie
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AUGUSTE ANGELLIER
DOCTEUR ÈS LETTRES,
PROFESSEUR À L’UNIVERSITÉ DE LILLE.

ROBERT BURNS

I

LA VIE

PARIS, HACHETTE ET Cie. 1893.

À
M. ÉMILE CHARLES
CORRESPONDANT DE L’INSTITUT
RECTEUR DE L’ACADÉMIE DE LYON
JE DÉDIE CE LIVRE
EN TÉMOIGNAGE DE RESPECT ET D’AFFECTION.
AUGUSTE ANGELLIER.

PRÉFACE.

Après un siècle on sait ce que vaut la renommée d’un poète, et quelles verdures les contemporains ont plantées sur sa tombe: si c’étaient des peupliers et des bouleaux, essences de quelques années, ou le chêne qui résiste aux âges. Parmi les gloires poétiques qui ont éclaté en Angleterre à la fin du dernier siècle et au commencement du nôtre, quelques-unes se sont flétries; il n’en est pas qui ait plus régulièrement grandi que celle de Robert Burns. Il est désormais, pour une fraction considérable et supérieure de l’humanité, un grand poète d’usage quotidien, un de ceux où des milliers d’âmes trouvent le froment et le vin. Le rameau qui fut planté sur sa fosse est devenu un arbre puissant, indestructible.
Il nous a paru que Burns n’était pas assez connu en France, si l’on songe à la place que son nom tient désormais dans le monde. Les quelques études qui ont été écrites sur lui sont sommaires; la plupart ont été produites avant que les derniers documents, dont quelques-uns sont importants, aient été publiés. Il nous a paru aussi que, même après les biographies anglaises, dont plusieurs sont admirables, il était encore possible d’élucider certains moments intérieurs de sa vie. Cela nous a engagé à entreprendre ce travail. Sans doute une secrète sympathie pour cette âme curieuse et forte nous y poussait obscurément.
Sa vie est, en effet, intéressante et instructive entre toutes. C’est pour ainsi dire une vie type. Par la violence et la variété des sentiments et des vicissitudes, par le mélange de hautes intentions et d’accomplissements débiles, par certaines crises maîtresses et essentielles, elle est une figure à la fois complète et rare de la vie humaine. Et, plus précisément, par l’effort et l’énergie de la jeunesse, l’indécision et le vacillement de la maturité, le relâchement et la déchéance des dernières années, elle offre, avec des proportions plus amples et des accents plus forts, l’image et, le tracé de tant d’existences, entreprises avec confiance et courage, mollement maintenues au moment décisif, achevées dans les regrets et les remords. Elle est comme un exemplaire, fait d’un métal fin et frappé d’une empreinte forte, de la majeure partie peut-être des destinées qui se débattent sur ce globe.
Nous avons pensé que cette existence ne pouvait prendre son intérêt, son enseignement entiers, que si toutes les situations en étaient étudiées dans leur forme particulière et dans leur étroite succession. Ces études, à leur tour, ne pouvaient avoir de portée et de pénétration que si elles étaient assez détaillées pour revêtir l’intensité que ces situations eurent vraiment. Nous avons voulu reconstituer, avec tout le drame qu’elles contenaient, les crises de cœur, de conscience, ou de circonstances, dont fut formée cette destinée. En d’autres termes, nous avons essayé d’en écrire le roman, mais un roman réel, établi sur des faits, des lettres, des aveux. Nous voulons, par ce mot, indiquer notre effort pour remettre ces moments d’émotion dans la vérité vécue, pour les évoquer tels qu’ils furent dans le cœur qu’ils bouleversèrent. C’est une tentative pour reconstituer la réalité avec une pleine exactitude.
Le résultat inévitable de cet essai est un développement qu’on trouvera sans doute excessif; on nous reprochera d’avoir donné trop de place à des faits qui se retrouvent dans les souvenirs de beaucoup d’hommes. Nous pourrions répondre qu’il n’y a pas de faits peu importants quand ils renseignent sur une âme importante; et que souvent les faits les plus communs fournissent les plus probants indices pour connaître une conscience. Mais nous désirons revendiquer plus franchement et plus largement la méthode suivie dans ce travail. Si les actes ordinaires de gens ordinaires, étudiés avec minutie dans ce qu’ils ont d’individuellement intense et de généralement humain, suffisent à faire vivre le roman et le théâtre, pourquoi n’y aurait-il pas, dans une vie réelle, dans celle surtout d’un homme qui a senti plus que les autres, les mêmes situations de roman et de drame, la même émotion et les mêmes leçons. Que dis-je? L’impression est ici plus poignante et l’enseignement plus haut par la vérité des événements et la valeur de celui qui les a vécus. La même angoisse peut naître des crises d’un cœur qui a palpité que des crises de cœurs imaginaires. Toute étude psychologique d’un homme, si elle remontait à ce qui fut la réalité, se retrouverait devant une de ces analyses qui semblent réservées aux romanciers et aux dramaturges. La foncière étude d’un homme d’État, d’un artiste, d’un poète, d’un ambitieux ne diffère pas de l’étude du père Grandet ou de Macbeth. Et souvent les situations réelles ne le cèdent ni en grandeur ni en cruauté aux situations inventées. Celui qui essaye de reconstituer une âme, au moyen des débris qu’elle a laissés d’elle-même, se trouve, le plus souvent, en face d’une suite de scènes qui furent des drames; et l’on ne crée un drame que par la minutie du décor et du détail, eux seuls redonnent à un épisode ordinaire l’importance, la gravité majeure et comme l’accaparement qu’il eut pour les âmes qui en attendaient la tristesse ou la joie.
On me dira peut-être que j’ai été trop indulgent, que j’ai trop excusé une vie chargée de défaillances. Je répondrai: je n’ai pas été indulgent dans les faits; je ne les ai pas atténués; je n’en ai pas dissimulé un seul; il en est même plusieurs dont on n’avait pas aperçu la portée, je l’ai indiquée, à ce point que certains admirateurs du poète pourront me reprocher d’avoir été dur pour lui, d’avoir fait entrer le soleil dans certains coins qui auraient pu demeurer obscurs. Je n’ai pas non plus été indulgent dans l’interprétation de ces actes de faiblesse et d’égoïsme. Je crois avoir donné à chacun d’eux sa notation morale, mesurée surtout aux souffrances dont ils furent la cause. L’indulgence apparaît seulement dans le jugement général sur l’homme, en tenant compte du bien qu’il y avait en lui, de ses qualités, de ses efforts, des circonstances de sa vie, des entraînements d’une nature qui a fait partie de son génie. Là, en effet, l’indulgence existe; elle n’est autre chose que de l’équité. Je ne suis pas un juge pour condamner mon semblable; je n’en ai pas l’infaillibilité, et le cruel office ne m’en est pas imposé; je parle avec pitié et précaution des faiblesses apparentes d’un frère humain, d’un grand frère humain, dont je ne connais pas toute la vie, dont je ne sais pas toutes les souffrances, dont je ne puis mesurer les desseins, dont je n’ai pas pesé les regrets, dont je ne touche que la grossière écorce que les actes font autour des intentions de l’âme. Il y avait à la Renaissance un médailleur italien dont le nom a été perdu. Il avait l’habitude de graver au revers de ses œuvres la figure de l’Espérance, et on lui a donné le nom charmant de «médailleur à l’Espérance». De même, si c’est le devoir pour l’historien de montrer clairement les faits, il serait beau que derrière chacun de ses jugements on aperçût toujours la marque de bonté. Il n’y aurait pas à nos yeux de plus haut titre, pour un critique dont le nom serait inconnu ou oublié, que d’être désigné, même sur une seule page sauvée, comme le critique de l’Indulgence.[Lien vers la Table des matières.]

LA VIE.

CHAPITRE I.

ALLOWAY ET MONT-OLIPHANT.
1759—1777.
I.
ALLOWAY. — L’ENFANCE.
À deux milles environ au sud de la petite ville d’Ayr, en Écosse, sur la route qui longe la mer près de la côte, se trouve un cottage de paysan, blanchi à la chaux, qui est peut-être, après la petite maison de Shakspeare à Stratford-sur-l’Avon, le lieu de pèlerinage littéraire le plus fameux de la race anglo-saxonne. Ce ne sont pourtant pas les endroits consacrés qui manquent en Angleterre, et l’affluence des fidèles ne leur fait pas défaut. Aucune race n’a davantage le culte, parce qu’aucune n’a autant l’orgueil, de ses grands hommes. Les ruines de Newstead Abbey, avec les souvenirs orageux de Byron; la bourgeoise maison de Cowper à Olney; la résidence gothique de Walter Scott à Abbotsford; la paisible demeure de Wordsworth à Rydal Mount sont, chaque année, visitées par des milliers de voyageurs venus de tous les coins du monde, où l’on parle anglais. Mais elles le sont surtout par des catégories particulières d’admirateurs; elles attirent de préférence telle ou telle classe d’âmes, selon que celles-ci ont plus d’affinité pour la révolte, la douceur, la santé d’esprit ou la méditation sereine. Aucun de ces lieux n’est l’objet d’un culte aussi général que cette petite chaumière d’argile. C’est là que naquit Robert Burns. Sa vie et ses œuvres sont en effet assez pleines d’un intérêt unique pour exciter toutes les curiosités, assez pleines d’infortunes et de beautés pour exciter toutes les pitiés et toutes les admirations.
Son père William Burns, ou plutôt, pour écrire son nom comme il l’écrivait lui-même, Burnes, venait du nord-est de l’Écosse, du Kincardineshire. C’était le fils d’un fermier; il avait été élevé sur la côte austère et âpre de la mer du Nord, parmi les ruines du château de Dunnottar, sur l’ancien domaine de la famille des Keith-Marischal dont les biens avaient été confisqués après la révolte de 1715. La destinée avait été rude pour lui. Vers l’âge de 19 ans, il avait été, en même temps qu’un frère aîné, forcé de s’éloigner pour aller gagner sa vie. «J’ai souvent, dit Gilbert Burns, entendu mon père décrire l’angoisse qu’il ressentit, quand ils se séparèrent au sommet d’une colline, sur les confins de leur lieu de naissance, chacun prenant sa route à la recherche de nouvelles aventures et sachant à peine où il allait[1].» William Burnes avait d’abord séjourné à Édimbourg où il avait travaillé de son métier de jardinier. Puis il avait traversé l’Écosse et était venu vers l’ouest, s’établir dans l’Ayrshire. Après avoir servi les autres comme jardinier, il avait loué sept acres de terre, près du pont du Doon, pour s’y établir comme pépiniériste. Sur ce terrain, près de la vieille église du village d’Alloway, il avait de ses propres mains bâti le cottage aux murs d’argile, qui est maintenant un des joyaux de l’Écosse. Au mois de décembre 1757, il y avait amené sa femme de beaucoup plus jeune que lui, Agnes Brown, fille d’un fermier du Carrick.
À coup sûr, ce n’était pas un homme ordinaire. Froid, sévère, silencieux et sombre, singulièrement honnête, il vivait retiré en lui-même. Il semble avoir inspiré autour de lui un sentiment un peu timide de vénération et d’affection, comme il arrive aux hommes austères et bons. Sa femme avait pour lui un amour plein de déférence; lorsqu’il grondait ses enfants, ce qu’il faisait rarement, ils l’écoutaient avec une sorte de terreur respectueuse. Il avait eu l’art de gagner l’estime et le bon vouloir de ceux qu’il employait, et celui de conserver toute sa dignité devant les gens d’une position plus élevée que la sienne. Sous ces dehors glaciaux et rigides, il cachait une faculté d’observation pénétrante et une disposition à l’emportement dont Robert hérita sans sa puissance à la maîtriser. «Pendant de nombreuses années de vie errante ou de séjours, dit celui-ci en parlant de son père, il avait ramassé une assez grande somme d’observation et d’expérience, à laquelle je dois la plus grande partie de mes faibles prétentions à la sagesse. J’ai rencontré peu de personnes qui comprissent les hommes, leurs mœurs et leurs façons aussi bien que lui. Mais une intégrité obstinée et une irascibilité fougueuse et ingouvernable sont de mauvaises conditions pour réussir. Je naquis donc le fils d’un homme très pauvre[2].» Murdoch, le maître d’école de ses fils, dans le portrait qu’il en traça plus tard, dit qu’il ne le vit que deux fois en colère: une fois parce que les moissonneurs n’avaient pas fauché un champ comme il était dit; une autre fois parce qu’un vieillard avait tenu devant lui une conversation avec des allusions grivoises[3]. Mais, Murdoch vécut peu de temps avec lui, et ne le voyait que par intervalles. Burns, dans sa lettre au Dr Moore, revient une seconde fois sur cette disposition: «Il était, dit-il, sujet à de fortes colères.» Évidemment il y avait chez lui des réserves d’orage qui ne parurent jamais; mais parfois un éclair ou un grondement perçaient la froideur de l’aspect. L’orage éclata chez le fils, avec tous ses ravages et toutes ses beautés.
La mère de Burns était la fille d’un fermier du Carrick, et ce détail a son importance. Tandis que la partie de l’Écosse méridionale qui s’étend à l’est des collines des Lowther jusqu’à la mer du Nord, avait été envahie par les Angles et devenait saxonne, toute la contrée qui s’étend à l’ouest des mêmes collines jusqu’à la mer d’Irlande et qui constituait le royaume breton de Strathclyde, était restée autrefois celtique. Lorsque plus tard les Angles pénétrèrent dans la vallée de la Clyde et jusque dans les plaines d’Ayrshire, la partie sud de cette région, le Galloway, resta pur de tout mélange[4]; la population gallique, qui n’a pas cessé de l’habiter, déborda même sur une partie du comté d’Ayr et couvrit le district de Carrick qui en forme le coin méridional, contre la mer[5]. C’est de ce bout de terre, où s’est conservé un fonds de sang gaulois, que venait la mère de Burns. Elle était petite, extrêmement vive et active, d’une humeur gaie, avec une chevelure d’un roux pâle et de magnifiques yeux noirs. Elle avait le goût celtique pour la musique, elle savait une inépuisable quantité de vieilles chansons et de vieilles ballades qu’elle chantait fort bien et dont sûrement elle berça son fils. C’est à elle bien plus qu’à son père que Robert ressemblait de façons et de traits. Il tenait d’elle ces étincelants yeux noirs dont Walter Scott, qui avait connu cependant tous les hommes éminents de son temps, disait qu’il n’avait jamais vu les pareils dans une autre tête humaine; son aisance de démarche et de manières; sa force de familiarité et cette alerte joie de vivre qui, pendant longtemps, perça toutes ses tristesses. S’il est vrai que, dans la poésie anglaise, les qualités soudaines et brillantes, la vivacité de la couleur, la légèreté du rhythme, l’essor des strophes, l’ardeur, doivent être attribués au génie celtique[6], c’est par sa mère que Burns les a reçus. La partie grave et méditative de son œuvre, ses poèmes sagaces et solides peuvent être attribués à l’influence paternelle; c’est à l’influence maternelle que revient la partie lyrique, ses adorables chansons si légères, hymnes joyeuses aux couleurs claires qui laissent deviner le sang vif des Gaulois.
Robert Burns naquit le 25 janvier 1759. Sa vie qui devait être si orageuse commença dans un orage, et lui-même rappelait, avec une rondeur de termes à laquelle il faut s’habituer avec lui, dans quelles circonstances il était venu au monde et ce qu’une commère lui avait prédit dès la première heure.

Il y eut un garçon qui naquit en Kyle,
Mais en quel jour et de quelle façon,
Je me demande si cela vaut la peine
D’être si minutieux pour Robin.
Robin fut un vagabond,
Un joyeux gars, un vagabond, un joyeux gars, un vagabond;
Robin fut un vagabond,
Un joyeux gars, un vagabond, Robin!
L’avant-dernière année de notre monarque
Était de vingt-cinq jours commencée,
Ce fut alors qu’une rafale du vent de janvier
Entra et commença à souffler sur Robin.
La commère regarda dans sa main,
Elle dit: «Qui vivra, verra la preuve
Que ce gros garçon ne sera pas un sot,
Je crois que nous l’appellerons Robin.
Il aura des malheurs, grands et petits,
Mais toujours un cœur au dessus d’eux,
Il nous fera honneur à nous tous,
Nous serons fiers de Robin.
Mais aussi sûr que trois fois trois font neuf,
Je vois par toutes les marques et toutes les lignes
Que le vaurien aimera chèrement notre sexe,
Aussi sois notre chéri, Robin[7]

Ce n’était pas assez: neuf ou dix jours après, un des ouragans qui sortent de l’Atlantique et se ruent sur cette côte écossaise, sans être ralentis ou affaiblis encore par aucun obstacle, renversa le pignon de la maison. Pauvre pignon, il est vrai, bâti d’argile, et sans doute par des mains malhabiles! Pour y établir sa cheminée, William Burnes avait mis dans le mur deux jambages et un linteau de pierre; mais lorsque l’argile s’était tassée, cette partie solide n’avait pas cédé et avait fait bomber la paroi en dehors. Avec sa méchanceté à découvrir le moindre point faible des abris humains, le vent avait profité de ce défaut pour pousser le pignon du côté où il penchait. Le mur s’était effondré. Pendant la nuit, à travers la tourmente, il fallut transporter la mère et le nouveau-né chez un voisin, où ils attendirent que William Burnes eût réparé les dégâts et refermé la maisonnette[8]. «Rien d’étonnant, disait plus tard Robert, que lorsqu’on est entré dans ce monde par une telle tempête, on soit la victime de passions tempétueuses[9]».
Moins d’un an après Robert, naquit son frère Gilbert qui devait être son compagnon, son confident et plus tard presque son meilleur biographe. Puis vinrent en 1762 et en 1764 deux sœurs, Agnes et Arabella, en sorte que le petit cottage fut bientôt trop peuplé. Plus tard la famille devait s’augmenter encore d’un troisième fils, William, né en 1767; d’un quatrième, John, né en 1769 et qui mourut jeune, et de la dernière fille, Isabella, née en 1771, douze ans après son frère aîné et qui mourut en 1858, amenant ainsi jusque dans notre génération un front sur lequel avaient joué les doigts de Robert Burns.
C’est dans les quelques milles compris entre la petite rivière de l’Ayr et le petit cours d’eau du Doon que s’écoulèrent les premières années de Robert Burns.
La route, qui passe maintenant devant le cottage, passait alors derrière, au bout du jardin, plus près de la mer, pittoresque et animée comme les routes d’alors par une population errante, très nombreuse en Écosse. C’étaient les colporteurs, avec leur paquet sur l’épaule et leur aune en main; des marchands de littérature populaire avec leurs livres à un penny et leurs ballades à un demi-penny; les chaudronniers avec leur provision de cornes et leur moule à faire les cuillers courtes qu’on nomme cutties; des bandes de gipsies; et parfois un sergent de recrutement ou un mendiant du roi avec sa robe de drap bleu et sa plaque d’étain. C’est là, sans doute, dans les interminables contemplations enfantines, que Burns prit le sentiment des grand’routes qui revient souvent chez lui et qu’il s’éprit de sympathie pour le peuple poudreux et déloqueté des vagabonds et des gueux. Les endroits qu’il habita en quittant le cottage de la route d’Ayr n’étaient pas aussi faits pour lui donner cette impression, qu’il dut surtout emporter d’ici. De devant le cottage, on voit, du côté du nord, les pignons débandés des dernières maisons d’Ayr, entre lesquels apparaissait jadis le Vieux Pont avec ses contreforts massifs; au dessus des toits se dresse la Tour de Wallace. Du côté sud, on voit la bordure d’arbres sous lesquels coule le Doon et le pont du Doon, avec son arche unique. En face, s’étagent des collines à pentes douces, couvertes de champs et parsemées de bouquets de bois. Elles n’avaient pas sans doute l’aspect de riche culture qu’elles ont aujourd’hui; mais elles présentaient déjà un paysage ramassé, de proportions moyennes, formant un ensemble et portant, de quelque côté qu’on se tournât, la marque de l’homme.
C’est là que, dans sa première enfance, Burns courut et gambada librement,

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