Histoire des salons de Paris (Tome 4/6) / Tableaux et portraits du grand monde sous Louis XVI, Le Directoire, le Consulat et l’Empire, la Restauration et le règne de Louis-Philippe Ier.

Histoire des salons de Paris (Tome 4/6) / Tableaux et portraits du grand monde sous Louis XVI, Le Directoire, le Consulat et l’Empire, la Restauration et le règne de Louis-Philippe Ier.

Author:
duchesse d' Laure Junot Abrantès
Author:
duchesse d' Laure Junot Abrantès
Format:
epub
language:
French

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Author: Abrantès, Laure Junot, duchesse d’, 1784-1838
Paris (France) — Social life and customs
Paris (France) — Intellectual life
Salons — France — Paris
Histoire des salons de Paris (Tome 4/6)
Tableaux et portraits du grand monde sous Louis XVI, Le Directoire, le Consulat et l’Empire, la Restauration et le règne de Louis-Philippe Ier.

HISTOIRE
DES
SALONS DE PARIS

TOME QUATRIÈME.

L’HISTOIRE DES SALONS DE PARIS
FORMERA 6 VOL. IN-8o,
Qui paraîtront par livraisons de deux volumes.
La 2e a paru le 11 janvier;
La 3e paraîtra le 15 avril.
Les souscripteurs chez l’éditeur recevront franco l’ouvrage
le jour même de la mise en vente.

PARIS.—IMPRIMERIE DE CASIMIR,
Rue de la Vieille-Monnaie, no 12.
HISTOIRE
DES
SALONS DE PARIS

TABLEAUX ET PORTRAITS
DU GRAND MONDE,
SOUS LOUIS XVI, LE DIRECTOIRE, LE CONSULAT ET L’EMPIRE,
LA RESTAURATION,
ET LE RÈGNE DE LOUIS-PHILIPPE Ier.

par
LA DUCHESSE D’ABRANTÈS.
TOME QUATRIÈME.

À PARIS
CHEZ LADVOCAT, LIBRAIRE
DE S. A. R. M. LE DUC D’ORLÉANS,
PLACE DU PALAIS-ROYAL.
M DCCC XXXVIII.

Au Public,
LE LIBRAIRE-ÉDITEUR.

Après avoir fait paraître les deux premiers volumes de l’Histoire des Salons de Paris, nous donnons aujourd’hui les tomes IV et V de cet important ouvrage. Cette lacune que nous avons laissée dans la publication est une circonstance trop inusitée, pour ne pas exiger de notre part une explication; nous avons nous-même prié madame la duchesse d’Abrantès d’intervertir l’ordre des volumes de cette curieuse galerie, où figurent tous les personnages marquants dont la connaissance peut intéresser la société de notre époque, parce que, depuis que cette série de tableaux a été annoncée, on a, en quelque sorte, voulu nous faire concurrence, en publiant un volume sous le titre des Salons célèbres.
Bien que cette entreprise, qui s’est jetée en rivale à la traverse de la nôtre, fût soutenue par une plume habile, nous n’avons pas craint qu’elle diminuât le moins du monde l’accueil favorable qui a été fait au livre de madame la duchesse d’Abrantès; mais il nous importait qu’on ne parût pas nous devancer en marchant sur nos brisées, et que des sujets traités avec des souvenirs complets et une spécialité unique ne parussent après d’insuffisantes esquisses faites sur des ouï-dire plus ou moins exacts.
C’est pour obvier à cet inconvénient que nous nous sommes mis en mesure de ne pas faire attendre plus longtemps à nos nombreux souscripteurs les principaux Salons de l’Empire. Et qui pouvait mieux nous faire connaître le Salon de l’impératrice Joséphine, dans toutes les phases de sa carrière si brillante et sa fin si triste, que la femme qui, aux jours de toutes les grandeurs, consulaires et impériales, s’est trouvée, par sa position, jetée dans les relations intimes et publiques de cette famille, dont la haute fortune est une des merveilles de notre histoire contemporaine?
Qui pouvait en effet nous apprendre, sur ces temps, plus de choses que nous désirions savoir, que madame la duchesse d’Abrantès, qui dans son Salon de gouvernante de la ville de Paris a reçu tous les étrangers de marque, toutes les illustrations de l’Europe, que la puissance et la gloire d’un règne sans pareil attiraient dans la capitale du grand empire?
La troisième livraison de l’Histoire des Salons de Paris paraîtra très-prochainement; elle se composera des tomes III et VI de la collection. Le tome III contiendra les Salons célèbres du Directoire et du Consulat, entre autres le Salon de Barras, le Salon de François de Neufchâteau, le Salon de madame Tallien, un bal des victimes, le Salon de madame Récamier, le Salon de Lucien Bonaparte, comme ministre de l’intérieur (c’est le renouvellement de la société en 1801 et 1802). Le tome VI contiendra le Salon du prince de Bénévent, le Salon de l’archi-trésorier, le Salon des princesses de la famille impériale, le Salon de madame Regnault de Saint-Jean-d’Angély, le Salon de madame Labriche, au château du Marais; le Salon du comte de Demidoff, le Salon de madame Campan, etc., etc.
Voilà ce que nous pouvons promettre avec assurance au public; et nous sommes trop jaloux de sa bienveillance pour ne pas tenir tous nos engagements.
C. LADVOCAT.
Ce 15 janvier 1838.

SALON DE MADAME DE MONTESSON,
À PARIS ET À ROMAINVILLE.

J’ai déjà parlé de l’influence de madame de Montesson à la Cour consulaire. Elle était positive le 18 brumaire, et de ce jour elle ne fit que prendre plus de consistance dans un lieu où le maître reconnaissait que madame de Montesson pouvait beaucoup. Madame Bonaparte avait bien pu parler de ses relations de Cour dans les premiers moments de son mariage à un homme qui ne connaissait ni Versailles, ni les usages de son étiquette. Mais le fait réel est que madame la vicomtesse de Beauharnais n’avait pas été présentée, et qu’elle ignorait une foule de détails de peu d’importance peut-être, mais immenses dans leur application au nouvel ordre de choses que voulait établir Napoléon. Il s’en aperçut bientôt, lorsque son regard d’aigle eut parcouru le cercle des choses possibles à tenter, et jugea qu’il fallait un auxiliaire à Joséphine pour représenter convenablement à côté de lui dans la première place du monde, en attendant qu’un trône remplaçât le fauteuil consulaire. De la grâce ne suffit pas pour être reine, non plus que pour être aimée; elle fait plaire, mais ne va pas au-delà: c’est beaucoup dans la vie ordinaire d’une femme, mais il faut plus pour une souveraine.—Napoléon, qui comprenait tout, le comprit à merveille. Aussi voulut-il que madame Bonaparte prît des leçons de madame de Montesson. C’est madame Bonaparte, qui ne gardait jamais un secret même à elle, qui me l’a dit.
Personne, dans l’intimité de l’intérieur consulaire, ne pouvait mieux en effet que madame de Montesson diriger la nouvelle maîtresse des Tuileries dans son noviciat. Elle avait une grande connaissance des usages de la Cour, quoiqu’elle n’y fût pas admise après son mariage avec le duc d’Orléans[1].—Sa politesse était parfaite, quoique toujours digne et convenable; sa conversation avait du charme; enfin on trouvait qu’il y en avait beaucoup dans sa société, et sa maison était alors la plus remarquable et même la seule qu’on pût citer à Paris à cette époque. Je n’ai jamais entendu une autre opinion sur elle, si ce n’est de la part de ses deux beaux-fils, MM. de Saint-Albin et de Saint-Far; cette haine, car ils en avaient pour elle, venait de loin. Ils avaient été fort irrités contre elle par son mariage avec le duc d’Orléans. Ils prétendaient qu’il devait épouser leur mère, qui lui avait donné trois enfants; or, cette mère était une assez mauvaise danseuse de l’opéra et s’appelait autrefois mademoiselle Marquise (c’était son nom de guerre). Il était assez difficile de faire entrer cela, même du côté gauche, dans la famille des premiers princes du sang… Aussi n’en fit-on rien. On lui acheta une belle terre, celle de Villemonble, tout à côté du Raincy, pour conserver un peu de romanesque à la chose; c’était bien le moins, puisqu’on ne la rendait pas légitime,—et puis on fit mademoiselle Marquise marquise de Villemonble. Bien des gens trouvèrent que cela avait l’air d’une mauvaise plaisanterie.—Mais la nouvelle châtelaine s’en arrangea très-bien:—elle avait de bonnes rentes, comme disent ces dames de l’opéra; elle donnait d’excellents dîners, eut une maison fort bien montée, et si elle n’était pas au premier rang, elle fut au moins pour les hommes une des bonnes maisons de Paris; et puis, la manière dont elle avait été traitée l’autorisait à laisser croire que peut-être elle était mariée secrètement avec le prince. Le soin qu’il prit de ses trois enfants, les noms qu’il donna aux deux garçons, noms toujours affectés avec de riches bénéfices aux bâtards d’Orléans depuis qu’il n’y avait plus de Dunois,—tout cela pouvait laisser croire que la jolie danseuse était devenue princesse,—elle ne le disait pas, mais elle le laissait dire… Tel était l’état des choses, lorsque le mariage du duc d’Orléans avec madame de Montesson, public quoique secret, par toute l’insistance que mit le prince à obtenir le consentement du Roi, vint renverser et détruire l’innocent mensonge de mademoiselle Marquise, marquise de Villemonble. Ses fils, quoique parfaitement traités par madame de Montesson, ce dont j’ai été témoin, n’en avaient aucune reconnaissance et parlaient fort mal d’elle, surtout M. de Saint-Far. M. de Saint-Albin avait plus de mesure que son frère. Il en avait pour cela, c’est-à-dire, car pour le reste c’était encore plus extravagant; pour leur état de prêtre, par exemple, la chose était inconcevable: c’était à croire qu’ils étaient tous deux de la religion du royaume de Tonquin, plutôt que des prêtres chrétiens.—C’était le seul reproche que madame de Montesson se permît hautement de leur faire.
Un jour que l’abbé de Saint-Far dînait chez moi et parlait de madame de Montesson avec son amertume ordinaire, il ajouta, ce qu’il n’avait pas encore dit:—Ce n’est qu’une comédienne, après tout, que cette femme-là,—et une comédienne dans le monde comme sur son théâtre, où elle jouait sans talent, tandis que d’autres en avaient au moins.
—On sait que M. de Saint-Far avait fort peu d’esprit: ceci en est une preuve. Or, il y avait ce jour-là chez moi un parent de M. d’Abrantès, l’abbé Junot, ancien aumônier des Gardes Françaises et ami intime du vieux duc de Biron. C’était un vieillard aimable et d’un esprit doucement moqueur:
—Mon cher Saint-Far, dit-il à l’abbé, attaquant tout d’abord la question, ta mère a dansé sur les planches d’un théâtre, ce qui est fort diffèrent des planches du parquet d’un salon, mon ami.—Tout le monde se mit à rire, et M. de Saint-Far demeura assez confus pour être longtemps à recommencer.
Le premier Consul, qui connaissait les hommes, avait distingué dans madame de Montesson de hautes qualités, pour ce qu’il désirait obtenir d’elle. Il voulait, dès les premiers moments de son consulat, que la Cour des Tuileries (car il y avait déjà une Cour) fût organisée comme celle de Louis XV, et madame de Montesson, avec ses anciennes traditions, lui semblait faite pour la faire revivre; il voulait même l’amener à accepter une charge qu’il aurait créée[2] pour elle.
Il est difficile aujourd’hui de se faire une idée bien juste de la maison de madame de Montesson. C’était une réunion des plus étranges: on y voyait des nobles qui n’avaient pas quitté la France, une grande partie des émigrés rentrés,—des artistes, des femmes sévères et même puritaines à côté de femmes galantes: tout cela était accueilli avec la même bienveillance et la même politesse apparente; mais pour qui connaissait le monde, et surtout la maîtresse du logis, on retrouvait bientôt les nuances qui établissaient la ligne de démarcation.
On a cherché la cause du grand crédit de madame de Montesson auprès du premier Consul; il avait deux sources: la première venait de ce que M. le duc d’Orléans fut, dit-on, un jour à Brienne chez le cardinal de Loménie et le comte de Brienne; et que se trouvant ainsi près de l’école au moment de la distribution des prix, on demanda à M. le duc d’Orléans de donner la couronne aux lauréats. Le prince en chargea madame de Montesson, qui dit, à ce qu’on prétend, plusieurs mots gracieux aux élèves en les couronnant, et entre autres à Napoléon Buonaparte:
Je souhaite, monsieur, qu’il vous porte bonheur. Madame de Montesson était déjà mariée à M. le duc d’Orléans à cette époque.
Avec le caractère assez fataliste de Napoléon, je ne suis pas étonnée qu’il ait été porté à avoir comme une sorte de vénération pour madame de Montesson. On connaît l’histoire du laurier de l’Isola Bella[3].
J’ai entendu dire, comme positif, que le premier Consul avait rendu à madame de Montesson la pension que lui avait laissée M. le duc d’Orléans[4]. Elle était de 150,000 francs:—c’est beaucoup, 150,000 francs; ce qui est certain, c’est qu’elle en avait une très-forte que lui faisait le premier Consul; et sa déférence pour madame de Montesson était plus prononcée que je ne l’ai vue pour personne.
Elle avait dans M. de Saint-Far et M. de Saint-Albin deux ennemis bien acharnés. Je ne puis dire à quel point cela était porté. Je les entendais souvent parler de madame de Montesson dans des termes de moquerie qu’il ne leur convenait pas d’employer. Ils prétendaient qu’elle faisait toujours la duchesse d’Orléans. «Eh! pourquoi non? dis-je un jour à M. de Saint-Far, le plus constant dans sa poursuite. Si elle a été mariée à M. le duc d’Orléans, elle fait très-bien de prendre le rang que la Cour lui avait injustement refusé.»
Il est de fait que madame de Montesson avait des coutumes qui, après le temps de la Révolution, devaient sembler étranges; par exemple elle ne se levait pour personne, ne rendait pas de visites, si ce n’est à ceux qu’elle voulait favoriser; elle ne reconduisait jamais, excepté pour témoigner qu’elle ne voulait plus revoir la femme qu’elle reconduisait. Une femme amie de M. de Saint-Far, que je ne nommerai pas parce qu’elle vit encore, connut madame de Montesson à Plombières, où elle fut en 1803. Elle crut qu’il suffisait d’avoir rencontré madame de Montesson aux eaux pour aller chez elle à Paris; la chose déplut à la maîtresse de la maison, qui la reconduisit jusqu’à la porte de son salon. L’autre, qui ne connaissait pas cette coutume princière, raconta à son ami, M. de Saint-Far, ce qui lui était arrivé, en ajoutant:—C’est extraordinaire, elle a été très-froide d’abord, et puis, tout à coup, quand je m’en vais, elle me fait une politesse qu’elle n’avait faite à personne. Elle m’a reconduite.
—Comment, dit Saint-Far, elle vous a reconduite?
—Oui, sans doute!
—Eh bien, n’y retournez pas!…—Et il lui expliqua la chose; cette femme était furieuse!…
J’ai déjà dit que madame de Montesson était un personnage de l’histoire, et maintenant que la famille d’Orléans compte parmi celles de nos rois, c’est encore plus positif, puisqu’elle a épousé un de ses princes. J’ai parlé d’elle comme femme aimable et remplie de talents et à suivre, mais je ne l’ai pas montrée, comme je le vais faire, au milieu des artistes qu’elle patronait, des malheureux émigrés qu’elle secourait et faisait rentrer; entourée de jeunes femmes qu’elle amusait en ayant une maison charmante; donnant aux étrangers les premières fêtes qui furent données à Paris depuis la Révolution, et recréant ainsi la société, ce que lui demandait le premier Consul. On a prétendu qu’il ne lui avait même rendu sa pension qu’à cette condition. Je n’en sais rien, mais ce que je sais, si cela est, c’est qu’elle s’en acquittait bien.
On dit qu’elle avait été charmante, et on le voyait encore. Je ne l’ai connue que fort âgée, et elle avait encore des dents admirables et un teint vraiment extraordinaire. Elle était petite et point voûtée, mais extrêmement maigre. Ses cheveux avaient été blonds, elle portait alors un tour châtain foncé. Ses yeux bleus, et de ce bleu foncé, violet, ardoisé, qui donne un si doux regard, étaient toujours beaux. J’ai connu même à cette époque plusieurs jeunes femmes qui enviaient ses yeux. Quant à sa tenue habituelle, j’ai déjà dit en parlant d’elle ce qui la distinguait des autres femmes de son âge, cette recherche de propreté exquise qui lui donnait une apparence jeune et attirante. Toujours bien mise selon son âge, elle portait habituellement une robe blanche fort élégante, mais de forme convenable, dans l’été, et l’hiver une robe d’étoffe grise ou de couleur sombre. Elle avait une particularité dont elle-même riait avec nous, avec ses jeunes femmes favorites, comme elle nous appelait trois ou quatre de la Cour consulaire[5]. C’était de changer en une physionomie froide et réservée une figure naturellement bienveillante et bonne; elle appelait cela avoir sa figure ouverte ou fermée.
Le salon de madame de Montesson à Paris et à Romainville, où elle est morte, et où nous allions la voir souvent, avait une spécialité que je n’ai jamais retrouvée nulle part après que nous l’eûmes perdue. Elle avait, selon moi, une manière de causer plus intime et plus bienveillante que madame de Genlis, qui, d’ailleurs, avait plus d’esprit et surtout plus d’instruction qu’elle, mais qui était ennuyeuse à l’âge de madame de Montesson, au point de la fuir, tandis qu’on cherchait l’autre. Elle avait de la dignité et du liant néanmoins dans la conversation, et puis les hommes de lettres étaient heureux d’avoir son approbation. Ils n’étaient pas à l’aise auprès de madame de Genlis. Ils craignaient toujours une envie déguisée, une haine masquée derrière une approbation. Madame de Montesson ne voulait jamais qu’on parlât politique chez elle, mais ce qu’elle exigeait avant tout d’une personne qui lui était présentée, c’était un bon ton. Je l’ai vue à cet égard d’une extrême rigueur, et me refuser de recevoir un général, qui depuis est devenu maréchal, duc, et tout ce qu’on peut être. C’était le général Suchet.
—Non, non, ma chère petite, me dit-elle lorsque je lui en parlai… Je vous aime, mais je n’aime pas tous vos grands donneurs de coups de sabre; votre général ne me convient pas…
—Mais, madame…, je vous assure qu’il ne jure pas comme le colonel Savary…
Elle me regarda et se mit à rire.
—Vous êtes une maligne petite personne, me dit-elle… Ah! il ne jure pas!… Eh bien, je crois, Dieu me pardonne, que je l’aimerais mieux que ses révérences éternelles et ses compliments mielleux… Non, non, il m’ennuierait…
Elle le refusa long temps; et puis le général Valence, qui lui imposait sa volonté et qu’elle craignait peut-être plus qu’elle ne l’aimait, lui amena le général Suchet l’année suivante; elle le reçut, mais je réponds que ce fut malgré elle.
Sa maison était une des plus agréables que j’aie vues, jamais les jeunes femmes et les jeunes gens ne s’y ennuyaient. Il y régnait un ton parfait, et on s’y amusait au point de mieux aimer demeurer chez madame de Montesson que d’aller à une fête bruyante, comme une fête de ministre, par exemple…
Elle défendait les conversations qui déchiraient. Elle prétendait que c’était un orage qui ravageait tout, pour ne rien laisser après lui que de mauvais fruits.
Elle n’a pas été juste pour plusieurs personnes de sa famille, mais que peut-on dire lorsqu’on ne sait pas tout? Madame de Genlis, qui a tant écrit contre sa tante, à laquelle elle a refusé esprit, talents, beauté, tout ce qui attire enfin, et qui a pourtant prouvé qu’elle pouvait non-seulement attirer, mais attacher, madame de Genlis, si elle a écrit, a sûrement parlé. Eh bien! quelle est celle de nous qui, en apprenant qu’on la déchire incessamment, sera pour ses détracteurs toujours également bonne et bienveillante!… S’il y en a, de pareils caractères sont rares; et de plus, ils ne sont peut-être pas vrais dans leurs démonstrations d’amitié. Quant à M. Ducrest, madame de Montesson eut tort… Il était son neveu, avait une fille charmante et dont la beauté toute naissante devait toucher le cœur de madame de Montesson, ainsi que cette disposition aux talents que nous lui voyons aujourd’hui[6]. Mais M. de Valence pouvait réparer la faute de sa tante, et il ne l’a pas fait. Madame de Valence l’eût fait, si cela eût dépendu d’elle, j’en ai l’assurance, car c’est une noble et aimable femme.
Madame de Montesson contait très-drôlement. Un jour, elle nous dit comment M. le duc d’Orléans était devenu amoureux d’elle. On était à Villers-Cotterets, et l’on chassait. Le duc d’Orléans était fort gros déjà à cette époque; il faisait chaud; il voulut descendre de cheval ou de calèche, je ne sais comment ils étaient, je crois pourtant qu’ils étaient à cheval. Le duc d’Orléans, qui soufflait comme un phoque, s’assit sur l’herbe dans le bois, et demanda la permission à madame de Montesson, qui alors était fort jeune et fort jolie, d’ôter son col et de déboutonner sa veste de chasse. En le v

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