Cinq-Mars; ou, Une conjuration sous Louis XIII (Tome 2 of 2)

Cinq-Mars; ou, Une conjuration sous Louis XIII (Tome 2 of 2)

Author:
Alfred de Vigny
Author:
Alfred de Vigny
Format:
epub
language:
French

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Author: Vigny, Alfred de, 1797-1863
Cinq-Mars
Henri Coiffier Ruzé d’Effiat
marquis de
1620-1642 — Fiction
Richelieu
Armand Jean du Plessis
duc de
1585-1642 — Fiction
Cinq-Mars; ou, Une conjuration sous Louis XIII (Tome 2 of 2)
— Note de transcription —
Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées. L’orthographe n’a pas été harmonisée.
Il y a une note plus détaillée à la fin de ce livre.
La Table des matières se trouve ici.

PETITE BIBLIOTHÈQUE CHARPENTIER


CINQ-MARS
OU
UNE CONJURATION SOUS LOUIS XIII

Jeanniot del.
Héliogr. Dujardin.

PETITE BIBLIOTHÈQUE CHARPENTIER


CINQ-MARS
OU
UNE CONJURATION SOUS LOUIS XIII
PAR LE COMTE
ALFRED DE VIGNY
AVEC DEUX DESSINS DE JEANNIOT
Reproduits en fac simile.


TOME SECOND


PARIS
G. CHARPENTIER | CALMANN LÉVY
ÉDITEURS


1882
CINQ-MARS


CHAPITRE XIV

L’ÉMEUTE

Le danger, Sire, est pressant et universel, et au delà de tous les calculs de la prudence humaine.
Mirabeau, Adresse au Roi.

«Que d’une vitesse égale à celle de la pensée, la scène vole sur une aile imaginaire», s’écrie l’immortel Shakspeare avec le chœur de l’une de ses tragédies, «figurez-vous le roi sur l’Océan, suivi de sa belle flotte; voyez-le, suivez-le». Avec ce poétique mouvement il traverse le temps et l’espace, et transporte à son gré l’assemblée attentive dans les lieux de ses sublimes scènes.
Nous allons user des mêmes droits sans avoir le même génie, nous ne voulons pas nous asseoir plus que lui sur le trépied des unités, et, jetant les yeux sur Paris et sur le vieux et noir palais du Louvre, nous passerons tout à coup l’espace de deux cents lieues et le temps de deux années.
Deux années! que de changements elles peuvent apporter sur le front des hommes, dans leurs familles, et surtout dans cette grande famille si troublée des nations, dont un jour brise les alliances, dont une naissance apaise les guerres, dont une mort détruit la paix! Nos yeux ont vu des rois rentrer dans leur demeure un jour de printemps; ce jour-là même un vaisseau partit pour une traversée de deux ans; le navigateur revint; ils étaient sur leur trône: rien ne semblait s’être passé dans son absence; et pourtant Dieu leur avait ôté cent jours de règne.
Mais rien n’était changé pour la France en 1642, époque à laquelle nous passons, si ce n’était ses craintes et ses espérances. L’avenir seul avait changé d’aspect. Avant de revoir nos personnages, il importe de contempler en grand l’état du royaume.
La puissante unité de la monarchie était plus imposante encore par le malheur des États voisins; les révoltes de l’Angleterre et celles de l’Espagne et du Portugal faisaient admirer d’autant plus le calme dont jouissait la France; Strafford et Olivarès, renversés ou ébranlés, grandissaient l’immuable Richelieu.
Six armées formidables, reposées sur leurs armes triomphantes, servaient de rempart au royaume; celles du Nord, liguées avec la Suède, avaient fait fuir les Impériaux, poursuivis encore par l’ombre de Gustave-Adolphe; celles qui regardaient l’Italie recevaient dans le Piémont les clefs des villes qu’avait défendues le prince Thomas: et celles qui redoublaient la chaîne des Pyrénées soutenaient la Catalogne révoltée, et frémissaient encore devant Perpignan, qu’il ne leur était pas permis de prendre. L’intérieur n’était pas heureux, mais tranquille. Un invisible génie semblait avoir maintenu ce calme; car le Roi, mortellement malade, languissait à Saint-Germain près d’un jeune favori; et le Cardinal, disait-on, se mourait à Narbonne. Quelques morts pourtant trahissaient sa vie, et de loin en loin des hommes tombaient comme frappés par un souffle empoisonné, et rappelaient la puissance invisible.
Saint-Preuil, l’un des ennemis de Richelieu, venait de porter sa tête de fer[1] sur l’échafaud, sans honte ni peur, comme il le dit en y montant.
Cependant la France semblait gouvernée par elle-même; car le prince et le ministre étaient séparés depuis longtemps: et, de ces deux malades, qui se haïssaient mutuellement, l’un n’avait jamais tenu les rênes de son Etat, l’autre n’y faisait plus sentir sa main; on ne l’entendait plus nommer dans les actes publics, il ne paraissait plus dans le gouvernement, s’effaçait partout; il dormait comme l’araignée au centre de ses filets.
S’il s’était passé quelques événements et quelques révolutions durant ces deux années, ce devait donc être dans les cœurs; ce devait être quelques-uns de ces changements occultes, d’où naissent, dans les monarchies sans base, des bouleversements effroyables et de longues et sanglantes dissensions.
Pour en être éclaircis, portons nos yeux sur le vieux et noir bâtiment du Louvre inachevé, et prêtons l’oreille aux propos de ceux qui l’habitent et qui l’environnent.
On était au mois de décembre; un hiver rigoureux avait attristé Paris, où la misère et l’inquiétude du peuple étaient extrêmes; cependant sa curiosité l’aiguillonnait encore, et il était avide des spectacles que lui donnait la cour. Sa pauvreté lui était moins pesante lorsqu’il contemplait les agitations de la richesse; ses larmes moins amères à la vue des combats de la puissance; et le sang des grands, qui arrosait ses rues et semblait alors le seul digne d’être répandu, lui faisait bénir son obscurité. Déjà quelques scènes tumultueuses, quelques assassinats éclatants, avaient fait sentir l’affaiblissement du monarque, l’absence et la fin prochaine du ministre, et, comme une sorte de prologue à la sanglante comédie de la Fronde, venaient aiguiser la malice et même allumer les passions des Parisiens. Ce désordre ne leur déplaisait pas; indifférents aux causes des querelles, fort abstraites pour eux, ils ne l’étaient point aux individus, et commençaient déjà à prendre les chefs de parti en affection ou en haine, non à cause de l’intérêt qu’ils leur supposaient pour le bien-être de leur classe, mais tout simplement parce qu’ils plaisaient ou déplaisaient comme des acteurs.
Une nuit surtout, des coups de pistolet et de fusil avaient été entendus fréquemment dans la Cité: les patrouilles nombreuses des Suisses et des gardes du corps venaient même d’être attaquées et de rencontrer quelques barricades dans les rues tortueuses de l’île Notre-Dame; des charrettes enchaînées aux bornes et couvertes de tonneaux, avaient empêché les cavaliers d’y pénétrer, et quelques coups de mousquet avaient blessé des chevaux et des hommes. Cependant la ville dormait encore, excepté le quartier qui environnait le Louvre, habité dans ce moment par la Reine et Monsieur, duc d’Orléans. Là, tout annonçait une expédition nocturne d’une nature très grave.
Il était deux heures du matin; il gelait, et l’ombre était épaisse, lorsqu’un nombreux rassemblement s’arrêta sur le quai, à peine pavé alors, et occupa lentement et par degrés, le terrain sablé qui descendait en pente jusqu’à la Seine. Deux cents hommes, à peu près, semblaient composer cet attroupement; ils étaient enveloppés de grands manteaux, relevés par le fourreau des longues épées à l’espagnole qu’ils portaient. Se promenant sans ordre, en long et en large, ils semblaient attendre les événements plutôt que les chercher. Beaucoup d’entre eux s’assirent, les bras croisés, sur les pierres éparses du parapet commencé; ils observaient le plus grand silence. Après quelques minutes cependant, un homme, qui paraissait sortir d’une porte voûtée du Louvre, s’approcha lentement avec une lanterne sourde, dont il portait les rayons au visage de chaque individu, et qu’il souffla, ayant démêlé celui qu’il cherchait entre tous: il lui parla de cette façon, à demi-voix, en lui serrant la main:
—Eh bien, Olivier, que vous a dit M. le Grand[2]? Cela va-t-il bien?
—Oui, oui, je l’ai vu hier à Saint-Germain; le vieux chat est bien malade à Narbonne, il va s’en aller ad patres; mais il faut mener nos affaires rondement, car ce n’est pas la première fois qu’il fait l’engourdi. Avez-vous vu du monde pour ce soir, mon cher Fontrailles?
—Soyez tranquille, Montrésor va venir avec une centaine de gentilshommes de Monsieur; vous le reconnaîtrez; il sera déguisé en maître maçon, une règle à la main. Mais n’oubliez pas surtout les mots d’ordre: les savez-vous bien tous, vous et vos amis?
—Oui, tous, excepté l’abbé de Gondi, qui n’est pas arrivé encore; mais, Dieu me pardonne, je crois que le voilà lui-même. Qui diable l’aurait reconnu?
En effet, un petit homme sans soutane, habillé en soldat des gardes françaises, et portant de très noires et fausses moustaches, se glissa entre eux. Il sautait d’un pied sur l’autre avec un air de joie, et se frottait les mains.
—Vive Dieu! tout va bien; mon ami Fiesque ne faisait pas mieux. Et se levant sur la pointe des pieds pour frapper sur l’épaule d’Olivier:—Savez-vous que, pour un homme qui sort presque des pages, vous ne vous conduisez pas mal, sire Olivier d’Entraigues? vous serez dans nos hommes illustres, si nous trouvons un Plutarque. Tout est bien organisé, vous arrivez à point; ni plus tôt, ni plus tard, comme un vrai chef de parti. Fontrailles, ce jeune homme ira loin, je vous le prédis. Mais dépêchons-nous; il nous viendra dans deux heures des paroissiens de mon oncle l’archevêque de Paris; je les ai bien échauffés, et ils crieront: Vive Monsieur! vive la Régence! et plus de Cardinal! comme des enragés. Ce sont de bonnes dévotes, tout à moi, qui leur ont monté la tête. Le roi est fort mal. Oh! tout va bien, très bien. Je viens de Saint-Germain; j’ai vu l’ami Cinq-Mars; il est bon, très bon, toujours ferme comme un roc. Ah! voilà ce que j’appelle un homme! Comme il les a joués avec son air mélancolique et insouciant! Il est le maître de la cour à présent. C’est fini, le roi va, dit-on, le faire duc et pair, il en est fortement question; mais il hésite encore: il faut décider cela par notre mouvement de ce soir: le vœu du peuple! il faut faire le vœu du peuple absolument; nous allons le faire entendre. Ce sera la mort de Richelieu, savez-vous? Surtout, c’est la haine pour lui qui doit dominer dans les cris, car c’est là l’essentiel. Cela décidera enfin notre Gaston, qui flotte toujours, n’est-ce pas?
—Eh! que peut-il faire autre chose? dit Fontrailles; s’il prenait une résolution aujourd’hui en notre faveur, ce serait bien fâcheux.
—Et pourquoi?
—Parce que nous serions bien sûrs que demain, au jour, il serait contre.
—N’importe, reprit l’abbé, la reine a de la tête.
—Et du cœur aussi, dit Olivier; cela me donne de l’espoir pour Cinq-Mars, qui me semble avoir osé faire le boudeur quelquefois en la regardant.
—Enfant que vous êtes! que vous connaissez encore mal la cour! Rien ne peut le soutenir que la main du roi, qui l’aime comme son fils; et, pour la reine, si son cœur bat, c’est de souvenir et non d’avenir. Mais il ne s’agit pas de ces fadaises-là; dites-moi, mon cher, êtes-vous bien sûr de votre jeune avocat que je vois rôder là? pense-t-il bien?
—Parfaitement; c’est un excellent Royaliste; il jetterait le Cardinal à la rivière tout à l’heure: d’ailleurs c’est Fournier, de Loudun, c’est tout dire.
—Bien, bien; voilà comme nous les aimons. Mais garde à vous, messieurs: on vient de la rue Saint-Honoré.
—Qui va là? crièrent les premiers de la troupe à des hommes qui venaient. Royalistes ou Cardinalistes?
Gaston et le Grand, répondirent tout bas les nouveaux venus.
—C’est Montrésor avec les gens de Monsieur, dit Fontrailles; nous pourrons bientôt commencer.
—Oui, par la corbleu! dit l’arrivant; car les Cardinalistes vont passer à trois heures; on nous en a instruits tout à l’heure.
—Où vont-ils? dit Fontrailles.
—Ils sont plus de deux cents pour conduire M. de Chavigny, qui va voir le vieux chat à Narbonne, dit-on; ils ont cru plus sûr de longer le Louvre.
—Eh bien, nous allons leur faire patte de velours, dit l’abbé.
Comme il achevait, un bruit de carrosses et de chevaux se fit entendre. Plusieurs hommes à manteaux roulèrent une énorme pierre au milieu du pavé. Les premiers cavaliers passèrent rapidement à travers la foule et le pistolet à la main, se doutant bien de quelque chose; mais le postillon qui guidait les chevaux de la première voiture s’embarrassa dans la pierre et s’abattit.
—Quel est donc ce carrosse qui écrase les piétons? crièrent à la fois tous les hommes en manteau. C’est bien tyrannique! Ce ne peut être qu’un ami du Cardinal de La Rochelle[3].
—C’est quelqu’un qui ne craint pas les amis du petit le Grand, s’écria une voix à la portière ouverte, d’où un homme s’élança sur un cheval.
—Rangez ces Cardinalistes jusque dans la rivière! dit une voix aigre et perçante.
Ce fut le signal des coups de pistolet qui s’échangèrent avec fureur de chaque côté, et qui prêtèrent une lumière à cette scène tumultueuse et sombre; le cliquetis des épées et le piétinement des chevaux n’empêchaient pas de distinguer les cris, d’un côté: «A bas le ministre! vive le Roi! vive Monsieur et monsieur le Grand! à bas les bas rouges!» de l’autre: «Vive Son Éminence! vive le grand Cardinal! mort aux factieux! vive le Roi!» car le nom du Roi présidait à toutes les haines comme à toutes les affections, à cette étrange époque.
Cependant les hommes à pied avaient réussi à placer les deux carrosses à travers du quai, de manière à s’en faire un rempart contre les chevaux de Chavigny, et de là, entre les roues, par les portières et sous les ressorts, les accablaient de coups de pistolet et en avaient démonté plusieurs. Le tumulte était affreux, lorsque les portes du Louvre s’ouvrirent tout à coup, et deux escadrons des gardes du corps sortirent au trot; la plupart avaient des torches à la main pour éclairer ceux qu’ils allaient attaquer et eux-mêmes. La scène changea. A mesure que les gardes arrivaient à l’un des hommes à pied, on voyait cet homme s’arrêter, ôter son chapeau, se faire reconnaître et se nommer, et le garde se retirait, quelquefois en saluant, d’autres fois en lui serrant la main. Ce secours aux carrosses de Chavigny fut donc à peu près inutile et ne servit qu’à augmenter la confusion. Les gardes du corps, comme pour l’acquit de leur conscience, parcouraient la foule des duellistes en disant mollement: «Allons, messieurs, de la modération.»
Mais, lorsque les deux gentilshommes avaient bien engagé le fer et se trouvaient bien acharnés, le garde qui les voyait s’arrêtait pour juger des coups, et quelquefois même favorisait celui qu’il pensait être de son opinion; car ce corps, comme toute la France, avait ses Royalistes et ses Cardinalistes.
Les fenêtres du Louvre s’éclairaient peu à peu, et l’on y voyait beaucoup de têtes de femmes derrière les petits carreaux en losanges, attentives à contempler le combat.
De nombreuses patrouilles de Suisses sortirent avec des flambeaux; on distinguait ces soldats à leur étrange uniforme. Ils portaient le bras droit rayé de bleu et de rouge, et le bas de soie de leur jambe droite était rouge; le côté gauche rayé de bleu, rouge et blanc, et le bas blanc et rouge. On avait espéré sans doute, au château royal, que cette troupe étrangère pourrait dissiper l’attroupement; mais on se trompa. Ces impassibles soldats, suivant froidement, exactement et sans les dépasser, les ordres qu’on leur avait donnés, circulèrent avec symétrie entre les groupes armés qu’ils divisaient un moment, vinrent se réunir devant la grille avec une précision parfaite, et rentrèrent en ordre comme à la manœuvre, sans s’informer si les ennemis à travers lesquels ils étaient passés s’étaient rejoints ou non.
Mais le bruit, un instant apaisé, redevint général à force d’explications particulières. On entendait partout des appels, des injures et des imprécations; il ne semblait pas que rien pût faire cesser ce combat que la destruction de l’un des deux partis, lorsque des cris, ou plutôt des hurlements affreux, vinrent mettre le comble au tumulte. L’abbé de Gondi, alors occupé à tirer un cavalier par son manteau pour le faire tomber, s’écria:—Voilà mes gens! Fontrailles, vous allez en voir de belles; voyez, voyez déjà comme cela court! c’est charmant, vraiment!
Et il lâcha prise et monta sur une pierre pour considérer la manœuvre de ses troupes, croisant ses bras avec l’importance d’un général d’armée. Le jour commençait à poindre, et l’on vit que du bout de l’île Saint-Louis accourait, en effet, une foule d’hommes, de femmes et d’enfants de la lie du peuple, poussant au ciel et vers le Louvre d’étranges vociférations. Des filles portaient de longues épées, des enfants traînaient d’immenses hallebardes et des piques damasquinées du temps de la Ligue; des vieilles en haillons tiraient après elles, avec des cordes, des charrettes pleines d’anciennes armes rouillées et rompues; des ouvriers de tous les métiers, ivres pour la plupart, les suivaient avec des bâtons, des fourches, des lances, des pelles, des torches, des pieux, des crocs, des leviers, des sabres et des broches aiguës; ils chantaient et hurlaient tour à tour, contrefaisant avec des rires atroces les miaulements du chat, et portant, comme un drapeau, un de ces animaux pendu au bout d’une perche et enveloppé dans un lambeau rouge, figurant ainsi le Cardinal, dont le goût pour les chats était connu généralement. Des crieurs publics couraient, tout rouges et haletants, semer sur les ruisseaux et les pavés, coller sur les parapets, les bornes, les murs des maisons et du palais même, de longues histoires satiriques en petits vers, faites sur les personnages du temps; des garçons bouchers et mariniers portant de larges coutelas, battaient la charge sur des chaudrons, et traînaient dans la boue un porc nouvellement égorgé, coiffé de la calotte rouge d’un enfant de chœur. De jeunes et vigoureux drôles, vêtus en femmes et enluminés d’un grossier vermillon, criaient d’une voix forcenée: «Nous sommes des mères de famille ruinées par Richelieu: mort au Cardinal!» Ils portaient dans leurs bras des nourrissons de paille qu’ils faisaient le geste de jeter à la rivière, et les y jetaient en effet.
Lorsque cette dégoûtante cohue eut inondé les quais de ses milliers d’individus infernaux, elle produisit un effet étrange sur les combattants, et tout à fait contraire à ce qu’en attendait leur patron. Les ennemis de chaque faction abaissèrent leurs armes et se séparèrent. Ceux de Monsieur et de Cinq-Mars furent révoltés de se voir secourus par de tels auxiliaires, et, aidant eux-mêmes les gentilshommes du Cardinal à remonter à cheval et en voiture, leurs valets à y porter les blessés, donnèrent des rendez-vous particuliers à leurs adversaires pour vider leur querelle sur un terrain plus secret et plus digne d’eux. Rougissant de la supériorité du nombre et des ignobles troupes qu’ils semblaient commander, entrevoyant, peut-être pour la première fois, les funestes conséquences de leurs jeux politiques, et voyant quel était le limon qu’ils venaient de remuer, ils se divisèrent pour se retirer, enfonçant leurs chapeaux larges sur leurs yeux, jetant leurs manteaux sur leurs épaules, et redoutant le jour.
—Vous avez tout dérangé, mon cher abbé, avec cette canaille, dit Fontrailles, en frappant du pied, à Gondi, qui se trouvait assez interdit; votre bonhomme d’oncle a là de jolis paroissiens!
—Ce n’est pas ma faute, reprit cependant Gondi, d’un ton mutin; c’est que ces idiots sont arrivés une heure trop tard; s’ils fussent venus à la nuit, on ne les aurait pas vus, ce qui les gâte un peu, à dire le vrai (car j’avoue que le grand jour leur fait tort), et on n’aurait entendu que la voix du peuple: Vox populi, vox Dei. D’ailleurs, il n’y a pas tant de mal; ils vont nous donner, par leur foule, les moyens de nous évader sans être reconnus, et, au bout du compte, notre tâche est finie; nous ne voulions pas la mort du pécheur: Chavigny et les siens sont de braves gens que j’aime beaucoup; s’il n’est qu’un peu blessé, tant mieux. Adieu, je vais voir M. de Bouillon, qui arrive d’Italie.
—Olivier, dit Fontrailles, partez donc pour Saint-Germain avec Fournier et Ambrosio; je vais rendre compte à Monsieur, avec Montr

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