Bonaparte et les Républiques Italiennes (1796-1799)

Bonaparte et les Républiques Italiennes (1796-1799)

Author:
Paul Gaffarel
Author:
Paul Gaffarel
Format:
epub
language:
French

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Author: Gaffarel, Paul, 1843-1920
Napoleon I
Emperor of the French
1769-1821 — Military leadership
Italy — History — 1789-1815
First Coalition
War of the
1792-1797 — Campaigns — Italy
Bonaparte et les Républiques Italiennes (1796-1799)
BONAPARTE
ET LES
RÉPUBLIQUES ITALIENNES

(1796-1799)
PAR
PAUL GAFFAREL
Doyen de la Faculté des Lettres de Dijon
PARIS
ANCIENNE LIBRAIRIE GERMER BAILLÈRE ET Cie
FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR
108, Boulevard Saint-Germain, 108
1895
Tous droits réservés

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Les Colonies françaises. 1 vol. in-8o de la Bibliothèque d’histoire contemporaine. 5e édition,1893. 5 fr.
La Défense nationale en 1792. 1 vol. in-32 de la Bibliothèque utile. Broché, 60 cent.; cartonné à l’anglaise. 1 fr.
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Évreux, Imprimerie de Charles Hérissey

AVANT-PROPOS

L’Italie, à la suite des campagnes de 1796 et 1797, a été comme transformée par Bonaparte. Vieilles monarchies, républiques aristocratiques ou démocratiques, principautés électives ou héréditaires, il a, de sa tranchante épée, tout ébranlé, tout bouleversé, tout modifié. Ses marches rapides dans la péninsule, ses foudroyantes victoires, l’entrée dans les capitales ennemies, le défilé des prisonniers, des drapeaux, des objets d’art, seule, cette héroïque épopée a longtemps occupé l’imagination. On a peut-être eu le tort de trop laisser de côté ce qu’on pourrait appeler la partie intérieure de la question italienne. Les batailles ont fait oublier les négociations et les coups de force les traités; et pourtant l’histoire des républiques éphémères créées, renouvelées ou préparées par Bonaparte présente un grand intérêt! Nous avons essayé, nous n’osons dire de combler cette lacune, mais à tout le moins de réparer cette omission, en présentant, dans un tableau rapide, l’histoire de la création des cinq républiques improvisées par le conquérant. Nous le verrons créer de toutes pièces la République Cisalpine; détruire pour la reconstituer sous une forme démocratique la République Ligurienne; renverser, mais cette fois pour la partager, la République Vénitienne; enfin préparer les deux Républiques Romaine et Parthénopéenne. Tantôt il interviendra directement, et, par une brusque décision, saura résoudre une situation compliquée; tantôt ses confidents agiront seuls, mais sous sa haute direction. Présent ou absent, sa main, sa lourde main, pèsera toujours dans la balance. À lui, et rien qu’à lui, les contemporains reporteront la responsabilité des événements. C’est donc lui qui, de près ou de loin, sera toujours en scène.
Au moment où je ne sais quel souffle révolutionnaire passe de nouveau sur l’Italie et menace d’ébranler, non pas l’unité italienne, mais la monarchie piémontaise, peut-être ne sera-t-il pas sans intérêt d’évoquer des souvenirs déjà séculaires, et de montrer, par l’étude du passé, que ce que firent les Italiens à la fin du XVIIIe siècle, les Italiens pourraient bien le refaire à la fin du XIXe siècle.
Paul Gaffarel.

BONAPARTE ET LES RÉPUBLIQUES ITALIENNES

CHAPITRE PREMIER
FONDATION DE LA RÉPUBLIQUE CISALPINE (1796-1797)

La domination autrichienne dans le Milanais. — Le parti national Italien. — Fuite de l’archiduc Ferdinand. — Entrée des Français à Milan. — Organisation d’un gouvernement provisoire. — Les premières déceptions. — Les extractions et les réquisitions. — Insurrection de Pavie. — Répression de l’émeute. — Brutalités et pillages. — La guerre aux fournisseurs. — Bonaparte à Mombello. — Les modérés et les exaltés. — Le journalisme et le théâtre. — Le Ballet du Pape. — Les fêtes patriotiques. — Les derniers partisans de l’Autriche. — Bonaparte se prononce en faveur des modérés. — Les théoriciens politiques. — Création de la république Cisalpine. — Formation territoriale. — Annexion de la Valteline. — Prospérité apparente.

I

Depuis le traité d’Utrecht qui termina la guerre de Succession d’Espagne, en 1713, l’Autriche[1], maîtresse du Milanais et du Mantouan, était fortement campée dans l’Italie du nord. C’était une occupation militaire plutôt qu’une prise de possession véritable, car il existait, entre les Autrichiens et les Italiens trop de différences dans les mœurs, les usages, la langue et les institutions pour que jamais ces deux peuples pussent renoncer à leur rivalité séculaire et se fondre en une race homogène. Les Autrichiens étaient maîtres par le fait de la guerre, par la raison du plus fort, et les Italiens avaient le sentiment de leur infériorité, mais la compression brutale de l’Autriche n’avait pas encore éteint dans les cœurs Italiens le souvenir de l’antique gloire et le désir de la ressusciter. Il existait donc, dans les provinces italiennes de l’Autriche, ce qu’on pourrait appeler, si l’expression n’était bien moderne, un parti autonomiste, c’est-à-dire tout disposé à recouvrer son indépendance nationale. Ce parti se composait surtout des classes moyennes. Les négociants, les industriels, les propriétaires aisés, les médecins, les professeurs en faisaient la force et le nombre. Quelques descendants des vieilles familles aristocratiques qui avaient ou dédaigné ou repoussé les faveurs de l’Autriche, les Serbelloni, les Visconti, les Melzi, donnaient encore au parti italien l’appui de leur influence. Le voisinage de la France, la contagion des idées nouvelles[2], le vent de réformes sociales et politiques qui soufflait alors sur l’Europe entière, avaient comme enfiévré les espérances des patriotes, car on les désignait déjà sous ce nom, mais ces espérances ils n’osaient encore les dévoiler au grand jour; l’Autriche en effet surveillait attentivement toute explosion de sentiments contraires aux intérêts de la dynastie, et, bien que les gouverneurs de la Lombardie eussent reçu l’ordre de traiter avec douceur les sujets italiens, ils étaient impitoyables à l’égard de tous ceux qui paraissaient vouloir renverser le gouvernement établi. On ne connaissait pas encore en Europe le carcere duro ou durissimo, plus tard illustré par Silvio Pellico, mais on le pratiquait déjà, et, si quelque patriote était en quelque sorte protégé par l’éclat de son nom ou de sa réputation, l’exil, à défaut de la prison, avait vite raison du récalcitrant.
Le parti national italien à la fin XVIIIe siècle, vivait uniquement d’espérances. Son opposition était surtout littéraire et, pour ainsi dire, historique. Elle s’exprimait par des conversations particulières ou de temps à autre par des articles de journaux, dont les allusions discrètes n’étaient même pas comprises par tous les lecteurs; aussi l’Autriche se souciait-elle très peu des innocentes épigrammes d’un Parini, d’un Verri ou d’un Carli. Elle laissait même à peu près toute liberté aux rédacteurs du journal Il Caffee parfois savait leur fermer la bouche en leur accordant quelque grasse sinécure. Soutenue par le clergé qui prêchait l’obéissance, par le peuple qui suivait l’impulsion du clergé, par les fonctionnaires qui tenaient à conserver leurs positions et enfin par cette masse d’indifférents qui, sous n’importe quel régime, est toujours prête à sacrifier sa liberté à son bien-être, l’Autriche se croyait à tout jamais la maîtresse incontestée de la Lombardie. Elle riait même des prétentions du parti italien, et se moquait de ceux qu’elle appelait les Guelfes, comme si les espérances des patriotes eussent été aussi hors de propos que cette appellation qui rappelait un autre âge.
Les Guelfes allaient pourtant avoir leur revanche, plus prompte et plus complète qu’ils n’eussent osé l’espérer. On sait combien fut terrible le réveil de l’Autriche, comment en quelques jours fut détruit l’édifice dont elle croyait des fondements si solides, comment la Lombardie tomba entre nos mains, et comment le parti italien se vit tout à coup investi de la toute-puissance et à la veille de réaliser ses plus secrets désirs. Voyons-les donc à l’œuvre ces patriotes. Quel usage feront-ils de cette victoire inattendue? Comment les Français leurs alliés leur permettront-ils de jouir de cette liberté improvisée?

II

Bonaparte venait d’imposer au Piémont l’armistice de Cherasco. Il avait, par une manœuvre hardie, occupé sans grande bataille la moitié de la Lombardie et frappé sur Beaulieu un coup retentissant au pont de Lodi. Le chemin de Milan lui était donc ouvert. Malgré la présence d’une forte garnison autrichienne qui occupait encore le château, la nouvelle de ces victoires avait été accueillie avec plaisir par toutes les classes de la population, d’abord parce que la gloire exerce une véritable fascination, ensuite parce que le changement plaît toujours aux masses populaires. Les couleurs nationales, vert, blanc et rouge, reparurent. Ce fut un certain Carlo Salvadori, Espagnol d’origine, Italien de naissance, ancien ami de Marat, qui osa le premier se montrer avec cette cocarde dans les rues de Milan. Les écussons impériaux furent aussitôt lacérés ou couverts de boue, et, lorsque l’archiduc Ferdinand, gouverneur de la Lombardie[3], eut suivi la retraite de ses troupes, on afficha sur la porte de son palais: maison à louer, s’adresser au commissaire Saliceti. Ce dernier, ex-conventionnel, était le délégué du Directoire chargé de toutes les opérations non militaires.
Une municipalité provisoire fut créée. Deux des rédacteurs du Caffee devinrent les chefs, Pietro Verri, un économiste distingué, et le poète Parini, l’auteur du Jour, critique fine et mordante des travers de l’époque. En même temps Melzi d’Eril que sa naissance, ses richesses et son passé désignaient à cet honneur, fut député à Bonaparte pour le prier d’entrer à Milan[4]. Melzi partit le 13 mai 1796 et s’avança jusqu’à Melegnano, où il rencontra le vainqueur de Lodi. Le lendemain 14, Masséna entra avec l’avant-garde et fut reçu aux portes de la ville par le comte Francesco Nava. Le surlendemain Bonaparte fit son entrée[5]. Les grenadiers de Lodi ouvraient la marche. Ils furent couverts de fleurs et reçus avec des transports de joie. Les volontaires Polonais, commandés par Dombrowsky, qui servaient en assez grand nombre dans notre armée, reçurent aussi un accueil empressé, car les Milanais, avec cet instinct de générosité et de délicate prévenance qui les a toujours caractérisés, comprenaient qu’ils devaient, plus encore qu’aux Français, de la reconnaissance à ces exilés volontaires qui, privés de leur patrie, bravaient mille dangers pour leurs frères Italiens. Nos soldats étonnèrent par leur aspect et leur tenue ceux qui se rappelaient la raideur méthodique et la propreté scrupuleuse des bandes autrichiennes. «Ils campaient sans tentes, écrivait un témoin oculaire[6] et leur marche n’avait rien de compassé. Leurs habits de couleurs diverses, étaient déchirés. Quelques-uns n’avaient pas d’armes[7]. Peu ou point de canons. Chevaux démontés et mauvais. Ils faisaient sentinelle assis. Au lieu d’une armée, on aurait dit une population sortie audacieusement de son pays pour envahir les contrées voisines. La tactique, l’art et la discipline cédaient constamment à l’audace et à l’impétuosité nationale d’un peuple qui combat de lui-même contre des automates contraints de se battre par crainte du châtiment.» Quand parut le général en chef, petit, pâle, au costume simple mais au regard ardent et au geste impératif, l’impression fut profonde. Ce n’était pas seulement un libérateur, c’était déjà un dominateur qui prenait possession de sa première conquête. Quelques heures plus tard, Bonaparte recevait à sa table, avec tous les généraux du corps expéditionnaire, les principaux Milanais et il en faisait les honneurs avec une aisance incroyable. Le même soir, dans un grand bal, il ouvrait les salons de son quartier-général, on disait déjà son palais, aux belles Milanaises[8], et tenait au milieu d’elles une cour véritable. C’était la première de ces fêtes triomphales qui si souvent marquèrent sa vie. Il y faisait comme l’apprentissage de sa grandeur future, et, dès le premier jour, tout en marquant à chacun son rang et sa place, il se maintenait au-dessus de tous.
Au commencement de l’occupation française, les Milanais furent tout à leurs nouveaux alliés[9]. Les classes moyennes croyaient fermement que Milan deviendrait le noyau d’une Italie reconstituée en puissante nation; le peuple toujours amoureux de changement et qui s’abandonnait à la joie, les fonctionnaires et les nobles, les prêtres eux-mêmes flattés par les prévenances de Bonaparte et comme tirés de leur torpeur par ces grands mots de patrie et de liberté, qu’on ne prononce jamais sans que vibrent les cœurs, toutes les classes de la société en un mot témoignaient leur satisfaction de la venue des Français. De toutes parts les municipalités se constituaient et les Lombards attendaient avec impatience les décisions de leurs nouveaux maîtres.
Ces décisions furent d’abord favorables. Il semble vraiment que Bonaparte ait eu l’intention de rendre à cette malheureuse contrée, tant de fois opprimée par l’étranger, son indépendance pleine et entière. Italien d’origine, il songea à créer une république italienne. C’est ainsi qu’il supprima la giunta ou commission extraordinaire établie à Milan le 9 mai par l’archiduc Ferdinand. Il supprima également la chambre des décurions, mais garda le conseil d’État de treize membres, qui devait exercer ses fonctions au nom de la République Française et approuva la création des municipalités provisoires[10]. Il forma également une garde nationale destinée à concourir à la police et à la défense du pays et plus encore à persuader aux Italiens qu’ils allaient désormais se gouverner eux-mêmes. Il chercha même à se rendre populaire en flattant les puissances de l’esprit, et en accueillant avec distinction les artistes et les savants. «La pensée est devenue libre dans l’Italie, écrivait-il au mathématicien Oriani[11]. Il n’y a plus ni inquisition, ni intolérance, ni despotes. J’invite les savants à se réunir, et à me proposer leurs vues sur les moyens qu’il y aurait à prendre et les besoins qu’ils auraient pour donner aux sciences et aux beaux-arts une nouvelle vie … Le peuple Français ajoute plus de prix à l’acquisition d’un savant mathématicien, d’un peintre de réputation, d’un homme distingué, quel que soit l’état qu’il professe, qu’à celle de la ville la plus riche et la plus populeuse.» Belles paroles assurément mais prononcées pour la galerie, car, au moment même où ses oreilles retentissaient encore du bruit des compliments et des vivats dont on avait salué son entrée à Milan, le surlendemain de sa réception triomphale, voici ce qu’il écrivait au Directoire[12]: «Milan est très porté pour la liberté, il y a là un club de 800 individus, tous avocats ou négociants. Nous allons laisser exister les formes de gouvernement qui sont en usage; nous changerons seulement les personnes qui, ayant été nommées par Ferdinand, ne peuvent mériter notre confiance. Nous tirerons de ce pays-ci vingt millions de contribution. Cette contrée est une des plus riches de l’univers, mais entièrement épuisée par cinq années de guerre. D’ici vont partir les journaux, les écrits de toute espèce qui vont embraser l’Italie, où l’alarme est extrême. Si ce peuple demande à s’organiser en république, doit-on le lui accorder? Voilà la question qu’il faut que vous décidiez et sur laquelle il serait bon que vous manifestassiez vos intentions. Ce pays-ci est beaucoup plus patriote que le Piémont, il est plus près de la liberté.[13]»
Rien donc n’est encore décidé dans l’esprit de Bonaparte. Les Milanais seront ce que le Directoire voudra qu’ils deviennent. On leur donnera des assurances vagues, des promesses sans précision, mais on ne s’engagera pas avec eux, et en attendant le Milanais deviendra une mine inépuisable et une officine de propagande révolutionnaire. Les Lombards s’imaginaient qu’ils allaient restaurer la patrie antique: ils ne seront entre les mains d’un vainqueur sans scrupules que les instruments inconscients de ses futurs desseins.
Aussi bien l’heure des déceptions arriva bien vite. Dès le 19 mai une proclamation annonçait aux Lombards que la France était disposée à les considérer comme des frères, mais que ceux-ci leur devaient un juste retour[14]. En conséquence on leur imposa une contribution de vingt millions exigible sur-le-champ. Les considérants du décret sont curieux à connaître: «Vingt millions de francs sont imposés dans les différentes provinces de la Lombardie autrichienne; les besoins de l’armée les réclament. Les époques des payements, qui doivent être, autant qu’il sera possible, très rapprochées, seront fixées par des instructions particulières. C’est une bien faible rétribution pour des contrées aussi fertiles, si on réfléchit surtout à l’avantage qui doit en résulter pour elles. La répartition eût pu sans doute en être faite par des agents du gouvernement français; ce moyen eût été légitime: la république française veut néanmoins s’en départir, elle la délaisse à l’autorité locale, au congrès d’état; elle lui indique seulement une base, c’est que cette contribution doit individuellement frapper sur les riches, les gens véritablement aisés, sur les corps ecclésiastiques … c’est que la classe indigente doit être ménagée.» Un arrêté du même jour, 19 mai[15], portait nomination d’un agent à la suite de l’armée française en Italie «pour extraire et faire passer sur le territoire de la République les objets d’art et de science qui se trouvaient dans les villes conquises». Il est vrai que la spoliation devait être opérée dans les formes, car, en vertu de l’article 3, «il ne pourra être fait aucune extraction sans en avoir été dressé procès-verbal et sans être accompagné d’un membre d’une autorité reconnue par l’armée française». On avait prévu jusqu’aux difficultés de l’extraction. En vertu de l’article 5, «dans le cas où il serait impossible à l’agent des transports de procurer les moyens d’enlèvement, les commissaires des guerres et commandants des places les lui feront fournir, et, au cas où il ne pourrait se les procurer par cette voie, l’agent sera autorisé lui-même à requérir des chevaux et voitures dans la ville où se feront les extractions». Or qu’entendait-on par objets d’art ou de science? Le décret énumérait tableaux, statues, manuscrits, machines, instruments de mathématiques, cartes, etc., ce qui comportait une singulière variété d’objets, étant donnée surtout la bonne volonté de ceux qui étaient chargés d’interpréter le décret. En effet, le jour même où paraissait le décret, étaient extraits, pour être dirigés sur Paris, six tableaux de Luini, Rubens, Giorgione, Lucas de Leyde, Léonard de Vinci, le Calabrese, le carton de l’école d’Athènes par Raphaël, un vase étrusque, le fameux manuscrit de Josèphe, le manuscrit de Virgile ayant appartenu à Pétrarque, et un manuscrit qualifié de très curieux sur l’histoire des papes, le tout enlevé à la Bibliothèque Ambrosienne de Milan, sans préjudice d’un Titien et d’un Ferrari extraits d’alle Grazzie et d’un Salvator Rosa extrait d’alla Vittoria[16].
Est-il vrai que tout finit par se compenser dans ce monde, et que les fils un jour ou l’autre payent pour les pères? Certes nous frémissons de colère à la pensée des vols, des pillages et des extorsions dont nos villes ou nos châteaux ont souffert dans la terrible guerre de 1870-1871, et on rira longtemps de l’amour immodéré, de la sympathie irrésistible qui poussaient les Allemands vers nos montres et nos pendules; mais soyons avant tout impartiaux et reconnaissons que nous avons peut-être fait pis encore en Italie à la fin du derni

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